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Sur la route des vignerons : Loire, Languedoc et l'art du terroir

Deux vadrouilles à la rencontre des vignerons, un dossier sur le terroir, et les nouvelles entrées en cave : Maxime Magnon, Cosse-Maisonneuve et La tête dans les étoiles.

Deux vadrouilles à la rencontre des vignerons

En avril, les beaux jours ont montré le bout de leur nez, alors nous sommes partis en vadrouille : deux départs à la rencontre des vignerons, pour toujours mieux raconter leur histoire, dénicher les bons vins, comprendre leurs terroirs et la manière dont ils vinifient.

Premier voyage : la Loire

Sacrée journée en perspective : départ de nuit pour commencer à 9 h chez Guiberteau, l'une des figures du vin de Loire. Nous savions qu'ils n'avaient plus de vin — un carnet de commandes rempli au maximum — mais même à 9 h du matin, nous étions en forme pour jouer de nos charmes. On a parlé rugby (Stade Toulousain), vignerons du coin et bons vivants… et nous sommes repartis avec quelques bouteilles et de grandes chances d'obtenir une petite allocation en 2027.

Dégustation sur fût dans le chai : une barrique ouverte éclairée de l'intérieur, verre à la main

Ensuite, direction le domaine d'Aurélia et Étienne Moly : accueil royal, visite du chai, dégustation des barriques de 2025 — et évidemment du 2024 qui venait d'être mis en bouteille. Nous avons eu droit au show d'Étienne, qui explique comment il travaille et ce qu'il essaie de transmettre à travers ses vins. Nous étions émerveillés comme des gosses. Ivan Massonnat, propriétaire du Domaine Belargus, nous a rejoints pour le déjeuner vigneron : tous chauvins, mais ravis de nous faire découvrir d'autres vignerons qui travaillent bien. Là encore, nous avons bu du très bon vin.

Deuxième virée : le Languedoc

Une journée, quatre domaines — les ambitions étaient grandes : 9 h au Domaine Montcalmès, 10 h 30 chez Cassagne et Vitailles, midi à La Terrasse d'Élise et 14 h 30 à L'Oratoire Saint Jean d'Aureilhan.

Guillaume et Florent posant avec un carton de L'Oratoire Saint Jean d'Aureilhan devant les collines et le lac du Salagou

Ce que nous pouvons vous dire : ces domaines ont du talent, un terroir incroyable et des vins magnifiques. Certains sont déjà plus que connus, et nous vous assurons que vous entendrez bientôt parler des autres.

Rangs de vigne sur sol caillouteux du Languedoc, garrigue et reliefs en toile de fond

Le terroir : ce mot que le monde entier nous envie

Il n'existe pas vraiment de traduction en anglais. « Terroir » est l'un des rares mots français que les Anglais, les Américains, les Australiens et les Japonais ont fini par adopter tel quel — une petite victoire linguistique dont on peut être fiers. Derrière ce terme se cache une idée profonde : un vin n'est pas seulement le fruit d'une recette, c'est l'empreinte d'un lieu.

Les Romains l'avaient déjà compris : Pline l'Ancien notait que les vins de certaines collines valaient infiniment plus que ceux des plaines voisines, sans savoir pourquoi. C'est au Moyen Âge, grâce aux moines cisterciens de Bourgogne, que l'idée prend vraiment forme. Ces moines goûtaient… la terre. Littéralement : ils l'écrasaient entre leurs doigts, la mettaient parfois en bouche, pour comprendre ce qui rendait telle parcelle unique. Ils délimitèrent ainsi les premiers clos, ancêtres directs de nos appellations d'origine contrôlée. En Bourgogne, on recense aujourd'hui plus de 1 200 appellations sur un territoire grand comme deux fois Paris.

Les quatre piliers du terroir

Le sol, d'abord : argile, calcaire, granit, schiste ou basalte volcanique comme en Sicile. C'est lui qui dicte la minéralité, la structure et l'acidité du vin. Les grands Chardonnay de Chablis doivent leur tension salivante à un sol kimméridgien, un calcaire marin chargé d'huîtres fossiles vieilles de 150 millions d'années. Oui : on y boit l'histoire géologique de la Terre.

Le climat, ensuite : températures, ensoleillement, pluies. On distingue les climats océaniques (Bordeaux, tempéré et régulier), continentaux (la Bourgogne et ses fameux gels de printemps), méditerranéens (le Languedoc, chaud et sec) et montagnards (Valais suisse, Côtes du Rhône septentrionales). L'altitude joue un rôle croissant : le Malbec de Mendoza, en Argentine, pousse jusqu'à 3 000 mètres.

Le relief conditionne l'exposition au soleil et le drainage. En Alsace, les Vosges protègent les vignes de la pluie et créent un microclimat parmi les plus secs de France, avec seulement 500 mm de pluie par an.

L'homme, enfin. Le terroir n'est pas figé dans la roche : les pratiques culturales, la taille de la vigne, la vinification — tout cela fait partie du terroir au sens large. C'est ce que l'UNESCO a reconnu en 2010 en classant les Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial, une première pour un vignoble.

Et ailleurs dans le monde ?

Le Nouveau Monde a longtemps misé sur le cépage — « Cabernet », « Chardonnay » — plutôt que sur l'origine. Mais la donne change. En Californie, la Napa Valley distingue désormais ses sous-appellations (Rutherford, Oakville, Stags Leap…). Au Chili, la vallée de Casablanca révèle des Pinot Noir frais grâce aux brumes marines du Pacifique. En Afrique du Sud, les terroirs de Swartland, sur schistes noirs, donnent des Chenin blancs d'une complexité stupéfiante. Le monde entier est en train de redécouvrir que le lieu a quelque chose à dire.

La dégustation du 28 mai : plein sud

Avis aux amateurs de bonnes bouteilles et de bonne humeur : préparez vos papilles, direction le soleil du Languedoc pour une dégustation haute en saveurs. Au programme, des vins généreux, du caractère, des arômes qui chantent le Sud, et surtout un moment convivial comme on les aime. Que vous soyez fin connaisseur ou simple curieux, venez trinquer, échanger et vous laisser surprendre — le 28 mai de 19 h 30 à 21 h 30, 50 € pour les non-adhérents et 45 € pour les adhérents.

Les entrées en cave : Maxime Magnon est de retour

Maxime Magnon, c'est le Bourguignon débarqué en 2002 à Durban-Corbières. Formé auprès des plus grands noms du vin naturel — Thierry Allemand, Philippe Valette, Anselme Selosse — il s'est installé sur de vieilles vignes abandonnées qu'il ressuscite patiemment : 19 hectares à 200 mètres d'altitude, sur des sols schisteux et argilo-calcaires, travaillés entièrement à la main, sans pesticides. Certifié depuis 2007, biodynamie en prime. Influencé par l'école beaujolaise, il propose sur l'appellation Corbières un style unique — fruité, fraîcheur, finesse et digestibilité — avec une précision et un équilibre hors normes. La Revue du Vin de France lui a attribué 94/100.

Les cuvées de Maxime Magnon alignées : Cuvée Rose, Campagnès, Saint Jacques, Métisse et La Bégou

Saint Jacques (19,90 €), la cuvée marine du domaine, née des 4 hectares récemment acquis à Peyriac-de-Mer sur marnes blanches et grès : un rouge sur la fraîcheur et le fruit. L'Estrade (19,90 €), assemblage de Grenache pour l'ampleur et de Macabeu pour la fraîcheur : amande grillée, petites fleurs blanches, minéral et vif — parfaite de l'apéritif jusqu'aux gambas grillées. La Métisse (22,50 €), le rosé du domaine et l'un des meilleurs de la région selon la RVF : robe profonde, fruits rouges intenses, touches épicées, bouche dense et juteuse — un rosé vineux et sérieux qui se moque des apéros piscine. Campagnès (33,50 €), la grande quille du domaine, issue de Carignan centenaires sur schistes exposés nord : grappes entières, levures indigènes, 18 mois en fûts anciens — tension, pureté, persistance, et un vin qui s'embellit vraiment en cave. La Bégou (32,50 €), le grand blanc : Grenache Gris, Grenache Blanc et Carignan Gris de vieilles vignes de 60 à 80 ans, nez charnu de fleurs blanches, d'abricot et de pêche confite, persistance saline et iodée rare dans le Sud — un blanc sudiste à l'âme nordiste. Et la Cuvée Rose (46 €), rareté absolue dédiée à la fille de Maxime : 1 000 exemplaires, pas chaque année, 90 % Grenache cofermenté en cuves de bois, 12 mois de foudre — un rouge élégant et intense avec 15 à 20 ans de garde. Si vous en avez une, vous avez de la chance.

Cosse-Maisonneuve : la revanche du Malbec de Cahors

L'histoire commence en 1999 avec deux amis aux CV impressionnants : Matthieu Cosse, œnologue diplômé de Bordeaux et ancien rugbyman, et Catherine Maisonneuve, passée par Château Léoville Las Cases. Partis de 5 hectares sur les éboulis calcaires de Lacapelle-Cabanac, ils cultivent aujourd'hui 28 hectares en biodynamie certifiée Demeter. Leur mission : réhabiliter le Malbec de Cahors, longtemps jugé trop rustique, en lui apportant finesse, élégance et digestibilité. Mission accomplie — la RVF les classe parmi les « grands domaines de référence » avec 2 étoiles.

Trois bouteilles du Combal de Cosse-Maisonneuve plantées dans un tonneau rempli de bouchons de liège

Le Combal (13,50 €), l'entrée dans l'univers du domaine : sols drainants et galets de quartz pour un Malbec étonnamment aérien et digeste, fruits noirs, bouche riche et ample sans lourdeur — à boire maintenant, avec plaisir. La Fage (20 €), sur argilo-graveleux de troisième terrasse : plus d'argile, donc plus de densité — fruits noirs, touches florales, tanins pulpeux, une quinzaine d'années de garde mais déjà très gourmand. La Marguerite (68 €), la star du domaine : 2,5 hectares d'argiles rouges riches en fer, plantés en 2001 avec des Malbec dénichés en Touraine — Matthieu Cosse a attendu dix ans la première récolte. Nez concentré de mûre et de cerise, bouche soyeuse d'une puissance et d'une minéralité uniques dans la région : 97/100 à la RVF, parmi les très grands vins de France.

La tête dans les étoiles

Luc Jourdan a remis en état la cave de son arrière-grand-père en 2009, sur 3 hectares de schistes et de galets roulés, dans l'une des appellations les plus excitantes du Languedoc. Tout est en bio, les rendements sont minuscules, et chaque cuvée porte un nom qui donne envie de lever les yeux vers le ciel.

Les trois cuvées de La tête dans les étoiles : Douceur céleste, Fleur de Lune et Au-delà des Rêves

Fleur de Lune (11,40 €), un blanc des Terrasses du Larzac délicat et floral, accord parfait avec poissons et volailles — la lune en bouteille, rien que ça. Douceur Céleste (11,40 €), un rouge équilibré entre rondeur et fraîcheur, floral (violette, rose) avec une bouche soyeuse — parfait pour les grillades d'été, ou n'importe quelle autre occasion, honnêtement. Et Au-delà des Rêves (17,40 €), Grenache et Syrah, la cuvée du sommet : sous-bois, épices, fruits noirs, tanins soyeux et fondus — un vin qui porte bien son nom, une fois qu'on y goûte, difficile de redescendre sur terre.